franck, curé moderne

Ceci est un aperçu de mon travail en cours, avec un grand choix d’images et une ébauche de texte. Cette page est à destination des professionnels. 
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franck, curé moderne

texte et photos : Thomas JOURNOT

Je voulais raconter, en images, l’histoire d’un prêtre, d’un simple curé de campagne, en 2020. Rencontrer un spécimen en voie de disparition, surchargé par le nombre de messes à célébrer, par le nombre d’églises dont il a la responsabilité, absorbé par la théologie. Et le hasard, bien que provoqué, m’a fait rencontrer le Père Franck Molard, en charge de la paroisse de Saint-Seine l’abbaye, à une vingtaine de kilomètres au nord-ouest de Dijon. Beau, jeune et loin de l’image austère du prêtre et pas encore fidèle à l’image du curé bedonnant et débonnaire, il occupe une grande place dans la paroisse et dans la communauté. Un homme d’Église. Mais il est aussi bricoleur, chasseur, pompier… Un peu tout à la fois. À la foi.

Arborant une barbe impeccablement taillée, il porte son col romain, son alliance et sa montre connectée avec élégance. Comme beaucoup de ses confrères, Le Père Franck vous accueille avec un intérêt non feint et un large sourire. Il entretien la conversation avec un sourire, facilement teinté d’un petit rire. Son histoire familiale, son éducation et son enfance, ont défini ses choix et construit sa foi.

Perdu dans sa jeunesse et féroce dans son adolescence, sa rencontre avec le seigneur, imprévue et personnelle, le marque assez pour qu’il décide alors de lui consacrer sa vie. Sa vie d’homme de foi commence alors jeune adulte, lorsqu’il intègre une communauté religieuse où il y apprend le métier de charpentier. Quinze ans plus tard, sa foi est toujours aussi présente et il décide de revêtir l’habit de prêtre pour aller plus à la rencontre des hommes. Sa première ordination date de 2013, dans sa paroisse actuelle.

La liturgie que suit le Père Franck, bien que classique est pourtant contemporaine, loin des leçons de droiture ou de vertu inappropriées, est ouverte, compréhensive et adaptée. Dans la tolérance et la compréhension des textes, le Père utilise le « tu », décortique les textes et les commente.

La semaine du Père Franck se déroule au rythme des messes et des différentes activités qui rythment la vie de la paroisse, avec le lundi comme jour de repos En célébrant la messe à des horaires différents, le jeudi matin, à 8h30, avant d’aller au travail, ou le vendredi soir avant de partir pour le week-end, le Père a créé un moment d’eucharistie à la carte, pour chacun. Le mardi, il oublie les maisons de dieu pour aller revêtir son aube dans le réfectoire de l’EHPAD voisin. Le jeune prêtre est très attendu des résidents, entre complicité, bienveillance et solennité. La table où se déroule normalement les activités créatives se transforme alors en autel.

Parmi les autres activités du père, on peut parler du loto paroissial, un important moment d’échanges et de retrouvailles avec les chrétiens ou de la communauté plus générale. La chorale, plus régulière, occupe deux soirées par mois. Ici, pas de gospel, uniquement de la bonne volonté et un peu d’entraînement pour que les messes soient plus vivantes et accueillantes. Une poignée d’irréductibles prêts à transmettre l’envie de chanter, et surtout prêts à ne pas laisser le Père Franck chanter en soliste. Mais dans l’agenda, il y a aussi les retraites, l’éveil à la foi, le catéchisme… ou la soirée cinéma plus reposante, qui se tient presque chaque mois dans la salle paroissiale, salle utilisée autant pour le cinéma que pour les réunions de préparation au mariage, ou les repas festifs.

Car bricoleur, le Père Franck, en véritable artisan et créateur, a considérablement augmenté le potentiel d’accueil de la cure, en particulier en transformant un ancien appentis en salle commune. Avec un prêt, beaucoup de matériaux de récupération et la bonne volonté de tous, (y compris de la part de non-pratiquants) il transforme la simple et grande maison ancestrale. L’entrée de la cure est matérialisé par un « Paroisse de Saint-Seine » écrit en grand, tandis que la statue de saint Seine et la fontaine attenante vous accueille. Véritable symbole liturgique et ornemental, c’est aussi un tour de force technique pour Franck. La chapelle Saint Gilles, baptisé du nom de l’ancienne église aujourd’hui disparue, était anciennement la cave de la maison. On y accède par une petite entrée discrète, en descendant quelques marches. La lumière céleste a été recrée par un plafonnier -céleste-, le sol est composé d’herbe, certes synthétique et les bancs, offert par un paroissien menuisier, accueillent tout juste une vingtaine de personnes. Aujourd’hui, cette chapelle informelle est utilisée presque quotidiennement. Hors du monde, par le bruit étouffé de la route et du village, le petit comité de fidèles viennent partager sereinement le sang du Christ, bien loin de la messe dominicale célébrée dans l’immense abbatiale.

Pour le suivre depuis quelque temps, je vois ses efforts quotidiens, ses envies et son devoir. À chaque fin de messe, la tension se relâche chez cet homme, « Allez et demeurez dans la paix du Christ ! Nous rendons grâce à dieu », une phrase chantante. Et un soupir apaisé. Ouf.

À ce moment, le Père Franck, serviteur, redevient Franck, simple homme de dieu.

Car son envie de prendre sa place dans le tissu social est tout aussi importante que son rôle de prêcheur. S’il fallait un exemple, il faudrait raconter qu’une de ses premières actions a été d’aller à la rencontre de tous les habitants des villages qui composent la paroisse. Mais au lieu d’attendre que les portes de l’église ou de la cure ne s’ouvrent, il est allé dans les vingt-quatre communes, se présenter, de maison en maison, tout en dormant chaque soir dans sa petite caravane personnelle. Certains habitants n’ont pas ouvert à l’homme de foi qu’il représente, d’autres, ont été touché de voir ce curé prendre le temps de venir se présenter.

Son choix de faire partie de la communauté des chasseurs dans un environnement rural est tout aussi assumé. Pour passer un moment au contact de la nature, mais aussi et surtout pour aller à la rencontre de ses membres de la communauté, pas forcément les plus assidus à la messe. Là, avec le même habit camouflage fluorescent que les autres membres de la société de chasse, être curé est un métier comme un autre.

Mais ce qui trahit le plus l’homme sous l’aube du prêtre, c’est les baskets et le bippeur, la seule preuve visible de son activité de sapeur-pompier. Pompier volontaire, il assure ses interventions comme n’importe lequel de ses collègues qui ont des métiers « laïcs ». Les messes et autres activités pastorales peuvent être repoussées ou annulées pendant les semaines d’astreinte, les paroissiens le savent. Aussi sportif et qualifié que les autres, son rôle de prêtre est parfois sollicités pour la transmission de la statue de Sainte Barbe ou pour teinter le souvenir des pompiers tombés au feu d’une pensée catholique. Et lors de ses interventions dans le secteur qui coïncide avec le tissu paroissial, il est souvent la personne que les victimes reconnaissent. Apaisant, peut-être, utile, sûrement.

La première crise de la Covid-19, laissa le Père Franck un peu éloigné de ses fidèles, utilisant son temps libre pour finir les travaux engagés, livrer des médicaments aux personnes âgées confinés ou revêtir l’habit liseré de rouge. Célébrant, pendant toute la crise du confinement, la messe en solitaire, il fût un des premiers prêtre à reprendre la messe. Toujours à l’écoute de sa paroisse, toujours prévenant. Le masque chirurgical sur la bouche empêcha les fidèles de voir la joie se dessiner sur le visage du prêtre de repartager ce moment de communion.

Le Père Franck est un peu « bizarre », pas fidèle à l’image que l’on a du vieux curé de campagne. Le lien que tissait les anciens prêtres, du temps où la foi catholique était omniprésente, n’est plus présent. La société est différente et des changements sont à effectuer, à son avis, en réponse au bouleversement que subit notre société.

Pourtant le Père Franck est lucide tant sur le vieillissement et la diminution des fidèles de Saint-seine l’abbaye, Bligny-le-Sec, de Saint-Martin-du-Mont ou… de Saulieu, sa prochaine paroisse qu’il rejoint pendant le deuxième confinement de 2020. Lucide aussi sur son travail de responsable de cure. Son rôle de prêtre est pour lui tout autant celui d’honorer le seigneur que de respecter un engagement personnel envers les autres.

Le respect de la foi du Père Franck et sa façon de partager la parole de Jésus est affaire de chacun. Mais sa manière de mettre son énergie au service des autres et son implication dans la communauté laïque, fait, de Franck, un meilleur serviteur de dieu.

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