Ils grognent, ils rotent, ils parlent fort, ils sentent sûrement mauvais.
Ils arpentent les rues de Semur, arborant fièrement leur crasse et leurs mauvaises manières, leurs cheveux hirsutes et leur crème de jour à base de boue sèche au soleil du mois de mai. Les pustules, les croûtes et les trous dans les loques, quand on aime on ne compte pas, ou plus. On ne compte pas non plus les années qui nous séparent du moyen âge. Les pavés, les vieilles pierres et les gueux sont tous d’un autre temps, pendant les quelques jours des Médiévales.
Ne nous trompons pas, vous êtes venus pour l’ambiance moyenâgeuse, les chevaliers en armure, la musique d’une autre époque… et les gueux.
Ils hantent les rues, leur campement, la taverne de la tour. Ils ont la couleur de la paille, de la glaise, ils sentent le vin et le feu, le temps passé.
C’est comme un hommage à tous les inadaptés du monde, un hommage à tous ceux qui souffrent, à ceux qui ont souffert.
Les gueux d’Semur c’est une association, ce sont des contemporains qui jouent.
Inconnus, non reconnus, ils font partie du décor. La terre comme maquillage pour passer ces quelques jours hors du monde moderne.
Dans notre monde, la photographie a été inventée pour laisser une trace et la lumière de studio pour sublimer la beauté, toutes les beautés. Il y a la concentration du photographe d’un côté de l’appareil et l’attitude joueuse des modèles de l’autre. Thomas a dû accepter leurs grimaces puis… les a poussés à accentuer leur personnage.
Belle lumière et jolie crasse, contre-jour et dents noires…
Vous les croisez du regard, de loin, vous tentez de les éviter pour ne pas vous laisser emporter par l’ambiance.
Mais Pisse-Partout vient vers vous… Zut ! Elle va vous mettre dans l’embarras, c’est sûr !
Le sourire pointe aux commissures de vos lèvres. C’est vrai, ils ne sont pas contagieux, la lèpre est ici factice et la boue, du maquillage.
Attention, vous allez rentrer dans leurs jeux !
Ah, et ils sentent bon, finalement.